Oeuvres de Napoléon Bonaparte II-V CLAN9 empire dragon hussard armée imperial cuirassier grognard 1488.pdf

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CLAN9
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OEUVRES DE
NAPOLÉON BONAPARTE.
TOME DEUXIÈME.
C.L.F. PANCKOUCKE, Éditeur
MDCCCXXI.
PREMIÈRE CAMPAGNE D'ITALIE.
(Suite).
Au quartier-général à Passeriano, le 15 fructidor an 5 (1er septembre 1797.)
Au directoire exécutif.
Les nouveaux entrepreneurs des hôpitaux, depuis trois mois qu'ils doivent prendre leur service,
ne sont pas encore arrivés: ce retard a tellement bouleversé ce service, malgré le soin qu'on y
a apporté, que les malades s'en ressentent, et que le nombre des morts aux hôpitaux s'en
accroîtra considérablement.
L'équipage d'artillerie a été formé avec beaucoup de peine et de soins; il est notre seul espoir
si nous entrons en campagne, et est, aujourd'hui, fort de six mille chevaux. Il n'a pas coûté un
sou à l'entreprise Cerfbeer; au contraire, il doit lui en être revenu des pots de vin de la part de
ses agens en Italie: nous avons tout acheté avec l'argent de la république.
Voilà déjà quinze jours que l'entreprise Cerfbeer a cessé, et qu'aucune autre ne la remplace.
L'équipage d'artillerie périt déjà si sensiblement, que nous avons pensé, l'ordonnateur et moi,
devoir prendre des mesures promptes pour que ce service n'éprouvât aucun choc, et que les
hommes qui en ont l'inspection dans ce moment-ci puissent nous en répondre.
L'ordonnateur en chef a passé, en conséquence, le marché que je vous envoie, je vous prie de
le ratifier: c'est le seul moyen pour que nos six mille chevaux ne soient pas gaspillés en peu de
temps, et que se service, si essentiel maintenant, ne soit pas entièrement bouleversé.
BONAPARTE.
Au quartier-général à Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre 1797.)
Au directoire exécutif.
J'ai l'honneur de vous communiquer la lettre que j'écris au ministre des finances, je vous prie
d'en prendre lecture.
Je désirerais même que vous la fissiez imprimer, afin que chacun connût quelle peut être la
source de ces mille et un propos qui se répandent dans le public, et dont on trouve l'origine
dans les impostures de la trésorerie.
BONAPARTE.
Au quartier-général de Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre 1797).
Au citoyen Carnot.
Le ministre de la guerre me demande des renseignemens sur les opérations que l'on pourrait
entreprendre si la guerre recommençait. Je pense qu'il faudrait avoir sur le Rhin une armée de
douze mille hommes de cavalerie et quatre-vingt mille hommes d'infanterie; avoir un corps
faisant le siége de Manheim et masquant les quatre places fortes du Rhin; avoir en Italie
quatre-vingt mille hommes d'infanterie et dix mille de cavalerie.
La maison d'Autriche, prise entre ces deux feux, serait perdue.
Elle ne peut pas nous nuire; car, avec une armée de quatre-vingt mille hommes on peut
toujours avoir soixante mille hommes en ligne de bataille, et vingt mille en deçà en
détachemens, pour se maintenir et rester maîtres de ses derrières.
Or, soixante-dix mille hommes en battent quatre-vingt-dix mille sans difficulté, à chance
égale de bonheur.
Mais il faudrait que l'armée d'Italie eût quatre-vingt mille hommes d'infanterie.
Il y a aujourd'hui trente-cinq mille hommes à l'armée d'Italie présens sous les armes.
Dans ce cas, l'armée d'Italie ne sera donc, pour entrer en Allemagne, que de soixante mille
hommes d'infanterie; on aura huit mille Piémontais, deux mille Cisalpins; il lui faudrait
encore dix mille Français.
Quant à la cavalerie, elle a six mille deux cents hommes.
Il lui faudrait encore trois mille hommes de cavalerie.
Nous avons déjà eu deux conférences, que nous avons employées à nous entendre.
BONAPARTE.
Au quartier-général à Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre 1797).
Au ministre des finances.
J'ai reçu, citoyen ministre, la lettre que vous m'avez envoyée par le dernier courrier.
Je ne puis répondre que trois mots: tout ce qu'on vous a dit sur les principes qui avaient été
posés pour la marche de la comptabilité des finances de l'armée d'Italie est faux. Il n'y a
jamais eu à l'armée d'Italie, depuis qu'il n'y a plus de commissaire du gouvernement, qu'une
seule caisse, qui est celle du payeur de l'armée; elle se divise naturellement en deux branches,
en caisse recevante, que nous avons appelée caisse centrale , et qui est destinée à recevoir les
contributions, et en caisse dépensante : celle-ci sert à payer les dépenses de l'armée.
Tout ce que je lis, venant de la trésorerie, porte un caractère d'ineptie et de fausseté qui ne
peut être expliqué que par la plus grande malveillance.
La trésorerie dit que nous avons 33,000,000 en caisse: elle dit un mensonge, car l'ordonnateur
a beaucoup de peine à faire son service, et l'on suffit difficilement au prêt.
On estime le prêt de l'armée d'Italie à 1,400,000 fr. par mois, autre inexactitude: le prêt de
l'armée monte à 3,000,000 par mois.
On dit que l'armée d'Italie n'a envoyé qu'un million à l'armée du Rhin, autre fausseté; elle lui a
envoyé un million l'année dernière, et un autre million cette année: il y a près de trois mois
que ce dernier est arrivé.
Si tous les autres calculs pour toutes les autres dépenses de l'état et les autres armées de la
république sont faits avec la même bonne foi, je ne suis plus étonné que les comptes de la
trésorerie soient en si grande dissonance avec la réalité.
Au reste, citoyen ministre, je ne me mêle des finances de l'armée que pour ne pas souffrir
qu'une trésorerie mal intentionnée vienne nous ôter la subsistance que le soldat s'est gagnée, et
nous fasse périr de faim.
Que la trésorerie assure la subsistance de l'armée, et alors nous nous embarrasserons fort peu
de ce qu'elle fera.
Mais, par l'emploi qu'elle a fait du million que j'avais envoyé pour les matelots de Toulon,
qu'elle a retiré à Paris, quoique la paye des matelots se trouvât arriérée de trois mois, et par le
million que j'avais envoyé à Brest, qu'elle a retenu à Paris, quoique les matelots de Brest se
trouvassent sans prêt, je vois qu'elle se soucie fort peu du bien du soldat, pourvu qu'elle
conclue des marchés comme ceux de la compagnie Flachat, par lesquels elle lui accorde
50,000 fr. pour le transport d'un million à Paris. Un million en espèces pèse à peu près dix
milliers: cela ferait la charge de six voitures, qui, rendues en poste et en cinq jours à Paris,
occasionneraient une dépense de trois à quatre cents louis; si vous ajoutez à cela la faculté de
pouvoir le transporter en or et en lettres de change, il est facile de vous convaincre quelle est
la friponnerie qui dirige toutes les opérations de la trésorerie.
Je vous prie, citoyen ministre, de communiquer cette lettre aux commissaires de la trésorerie,
et de les prier, lorsqu'ils auront des assertions à publier sur les finances de l'armée d'Italie, de
vouloir bien être un peu mieux instruits, et de s'occuper franchement des besoins de l'état.
L'armée d'Italie a procuré quarante ou cinquante millions à la république, indépendamment de
l'équipement, de l'habillement, de la solde et de tout l'entretien d'une des premières armées de
la république. Mais la postérité, en feuilletant l'histoire des siècles qui nous ont précédés,
observera qu'il n'y a de cela aucun exemple. Qu'on ne s'imagine pas que cela ait pu se faire
sans imposer des privations à l'armée d'Italie, elle en a souvent éprouvé; mais je savais que les
autres armées, que notre marine, que le gouvernement avaient de plus grands besoins encore.
L'escadre du contre-amiral Brueys arrive à Venise. J'avais envoyé un million à Toulon, la
trésorerie s'en est emparée, et il nous faut aujourd'hui près de deux millions, pour pouvoir
acquitter six mois de l'arriéré de la solde, fournir à l'approvisionnement de la flotte et à
l'habillement et équipement des matelots et garnisons des vaisseaux. Sans doute que la
trésorerie dénoncera encore le commissaire ordonnateur, parce qu'il pourvoira aux besoins de
son escadre: je ne sache pas qu'on puisse pousser plus loin la malveillance, l'ineptie et
l'impudence.
BONAPARTE.
Au quartier-général à Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre 1797).
Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie,
aux citoyens de la huitième division militaire.
Le directoire exécutif vous a mis sous mon commandement militaire.
Je connais le patriotisme du peuple des départemens méridionaux; des hommes ennemis de la
liberté ont en vain cherché à vous égarer.
Je prends des mesures pour rendre à vos belles contrées le bonheur et la paix.
Patriotes, républicains, rentrez dans vos foyers; malheur à la commune qui ne vous protégera
pas! malheur aux corps constitués qui couvriraient de l'indulgence le crime et l'assassinat!
Et vous, généraux, commandans de place, officiers, soldats, vous êtes dignes de vos frères
d'armes d'Italie! protégez les républicains, et ne souffrez pas que des hommes couverts de
crime, qui ont livré Toulon aux Anglais, qui nous ont obligés à un siége long, et pénible, qui
ont en un seul jour incendié treize vaisseaux de guerre, rentrent et nous fassent la loi.
Administrateurs, municipaux, juges de paix, descendez dans votre conscience: êtes-vous amis
de la république, de la gloire nationale? êtes-vous dignes d'être les magistrats de la grande
nation? Faites exécuter les lois avec exactitude, et sachez que vous serez responsables du sang
versé sous vos yeux; nous serons vos bras, si vous êtes à la constitution et à la liberté; nous
serons vos ennemis, si vous n'êtes que les agens de la cruelle réaction que soudoie l'or de
l'étranger.
BONAPARTE.
Au quartier-général à Passeriano, le 20 fructidor an 5 (6 septembre 1797).
Au directoire exécutif.
L'escadre du contre-amiral Brueys est arrivée à Venise. Elle est nue et arriérée de quatre mois
de paye: cela ne laisse pas de nous embarrasser beaucoup, puisqu'elle nous coûtera deux
millions.
L'Italie s'épuise: les sommes considérables qu'il faut chaque mois pour entretenir une armée
nombreuse, et qui se nourrit déjà depuis deux ans dans cette contrée, ne donnent de
l'inquiétude pour l'avenir.
Le ministre des relations extérieures vous rendra compte que les négociations vont assez mal;
cependant je ne doute pas que la cour de Vienne n'y pense à deux fois avant de s'exposer à
une rupture, qui aurait pour elle des conséquences incalculables.
Plus nous conférons avec les plénipotentiaires, et plus nous reconnaissons de la part de
Thugut, qui a rédigé les instructions, une mauvaise foi qui n'est plus même dissimulée. Tout le
manége d'Udine me paraît avoir pour but d'obtenir Palma-Nova, qui est aujourd'hui dans une
position effrayante pour eux. Vous connaissez sa situation topographique: neuf bons bastions
avec de bonnes demi-lunes bien revêtues, fortifications bien rasantes; armée de deux cents
pièces de canon et approvisionnée pour huit mois à six mille hommes. Ce serait pour eux un
siège du premier ordre à entreprendre; ils seraient obligés de faire venir leur artillerie de
Vienne. Depuis quatre mois que nous possédons cette place, j'y ai fait travailler constamment
avec la plus grande activité: les fossés en étaient comblés, et tout était dans le plus grand
désordre. Cette place seule change la nature de notre position en Italie.
Mais si l'on passe le mois d'octobre, il n'y a plus de possibilité d'attaquer l'Allemagne: il faut
donc se décider promptement et rapidement. Si la campagne ne commence point dans les
premiers jours d'octobre, vous ne devez pas compter que je puisse entrer en Allemagne avant
la fin de mars.
BONAPARTE.
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